Certaines disparitions bouleversent bien au-delà des frontières. Celle de Leïla Shahid en fait partie parce qu’elle incarnait les luttes qu’elle menait, et parce qu’elle les servait avec une intelligence, une constance et une humanité rares.
Une immense tristesse nous étreint à l’idée que Leïla Shahid n’aura pas vu l’aboutissement de ce combat pour un État palestinien libre et pour une paix juste. Tristesse aussi de savoir qu’elle aura dû assister, impuissante, au drame d’un peuple privé d’armes et de secours, dont même les enfants ne sont plus considérés comme des civils.
Serons-nous à la hauteur ?
Serons-nous à la hauteur de cette voix exceptionnelle, de cette figure tutélaire qui nous a enveloppés de son timbre grave, de son éloquence apaisante et ferme à la fois ? Une voix forgée dans l’exil, trempée dans le militantisme, aiguisée par une diplomatie de conviction.
Un parcours militant exemplaire
Née à Beyrouth dans une famille anticoloniale, Leïla Shahid s’engage au Fatah en 1967, peu après la guerre des Six Jours. De camps de réfugiés en ambassades européennes, son itinéraire tisse sans relâche les liens entre diplomatie, mémoire et résistance. Marseille, ville cosmopolite et solidaire, a souvent croisé sa route.
Fille d’un professeur de médecine palestinien et d’une militante marocaine exilée, elle grandit au Liban, nourrie par la mémoire de la Nakba. À dix-huit ans, la défaite arabe de 1967 la pousse vers l’action humanitaire dans les camps du Sud-Liban. Étudiante en sociologie à l’Université américaine de Beyrouth, elle consacre sa thèse aux réfugiés palestiniens, un engagement intellectuel devenu vocation politique.
L’héritage d’une diplomate visionnaire
Première femme nommée représentante de l’OLP en Irlande en 1989, elle poursuit sa carrière aux Pays-Bas, au Danemark, puis à l’UNESCO. En 1994, elle devient déléguée générale de la Palestine en France, un rôle qu’elle tiendra jusqu’en 2005 avant de rejoindre Bruxelles comme ambassadrice auprès de l’Union européenne. Elle y fonde Masarat Palestine, un espace pour la culture et la parole palestiniennes.
Témoin des accords d’Oslo, elle en dénonçait plus tard l’échec amer : « Nous avons renoncé à la lutte armée pour rien. »
Marseille l’accueillit à maintes reprises, lors d’événements culturels et associatifs, fidèle à son engagement pour le dialogue méditerranéen. En 2023, elle devait participer au spectacle Une actrice palestinienne de Mohamed El Khatib, inspiré de sa vie et de son désir de scène mais la scène politique restera la sienne.
On se souviendra de ses mots : « Marseille incarne l’hospitalité méditerranéenne face à l’injustice. » En reliant la Nakba aux migrations d’aujourd’hui, Leïla Shahid rappelait que l’exil n’est pas une rupture, mais une mémoire en circulation.
Que la terre lui soit légère.





