L’installation d’Adrien Vescovi Dormir comme le soleil  est une invitation contemplative, une déambulation textile, une draperie vivante qui enveloppe le Centre de la Vieille Charité à Marseille.
Du 15 mai 2026 au 10 janvier 2027, elle hisse des voiles monumentales dans la Chapelle et les coursives de Pierre Puget, transformant le monument en un poumon méditerranéen où le tissu respire la lumière.

Né en 1981 à Marseille, Adrien Vescovi, peintre et teinturier, puise dans le sol phocéen pour alchimiser ses toiles. Formé aux Beaux-Arts, il abandonne l’académisme pour des teintures naturelles : herbes sauvages du Garlaban, écorces d’oliviers centenaires, épices des marchés d’Aix. Ses œuvres, exposées au vent salé ou au soleil zénithal, capturent l’éphémère et offrent un paysage qui mute, un temps qui se voile. Installations immersives, sculptures de lin patiné : Vescovi déconstruit le cadre pour libérer la couleur en migration poétique.

Le voile, seuil méditerranéen
Imaginez les voiles aux fenêtres des maisons du Panier, de Naples ou d’Alger : linges tendus comme des paupières mi-closes, filtrant la réverbération du sirocco sur la mer cobalt. Ainsi, Vescovi investit la Vieille Charité de toiles cousues main, draps modestes gonflés d’histoires et teintes au chaudron dans son atelier de la Belle de Mai. Ces tissus, nés d’ateliers ancestraux où les femmes phrygiennes tissaient la trame du quotidien, protègent l’intime tout en livrant des bribes de monde. Fragiles comme un souvenir d’exil, robustes comme les mains calleuses des pêcheurs, ils incarnent la Méditerranée : seuil poreux entre dedans et dehors, ombre et éclat, silence et murmure des vagues.

Dans la chapelle aux voûtes baroques, ces voiles pendus oscillent, entre clair-obscur. Ils évoquent les chaux des façades marseillaises, les rideaux des riads tunisiens, les étendoirs de la Casbah d’Alger, qui dansent au gré du Mistral. Ils deviennent la peau du lieu : une épiderme tendue sur les os de pierre, marquée par le soleil, les embruns, les passages humains. Le visiteur, glissant entre ces parois souples, devient l’ombre projetée, le souffle qui les anime, une danse où le corps rencontre l’invisible.

L’inflexion solaire, alchimie chromatique
Soleil de Marseille, lame d’or qui incise l’azur : voilà le cœur battant de l’installation. Les pigments végétaux de Vescovi, safran ardent, garance sanguine, indigo des genêts sont exposés dans des pots et réagissent à la lumière impitoyable. Chaque pli module les tons : du jaune zénithal au fauve du crépuscule, de l’ocre fané à l’indigo profond de la nuit tombée. La couleur vit, se patine sous l’œil du jour ; elle est mémoire gravée dans la fibre, écho des soleils qui ont teinté les toiles des caravelles.

La déambulation suit cette symphonie chromatique

Les pas du visiteur font frémir les voiles, révélant des éclats cachés, aux détours des coursives. Ici, la lumière n’éclaire pas ; elle chante, elle infuse, elle transmue.

Laëtitia Olivier, responsable des expositions aux Musées de Marseille, orchestre cette invitation d’artiste avec une sensibilité rare, liant héritage et contemporanéité. Son regard curatorial fait de la Vieille Charité un vaisseau vivant, reliant l’histoire du lieu, ancien hospice, prison, agora culturel, à la pulsation méditerranéenne de Vescovi.