Samedi 7 février, la coordination Pas sans nous lançait ses Rencontres Nationales à partir de Marseille pour porter la voix des quartiers et la nécessité de poursuivre une politique de la ville qui renforce le droit commun.
Animée par Fathi Bouraroua de Massilia Vox, la rencontre réunit Marie-Hélène Bacqué, sociologue et Mohamed Mechmache, militant et auteurs du rapport intitulé, Pour une réforme radicale de la politique de la ville communiqué en 2013 au Ministre François Lamy, ancien et ministre délégué à la Ville de 2012 à 2014 qui était également présent. La tribune associait également Mohamed Dahmani (PSN13) et moi-même étant impliquée dans les instances de concertation de la politique de la ville et plus précisément comme personne-ressources au CNV, Conseil National des villes.
Une mobilisation citoyenne plurielle
Le public nombreux était composé d’habitants, d’élus et de membres de collectifs citoyens en région (Montpellier, perpignan, Strasbourg…) et de conseillers citoyens et table de quartiers. Différentes formes d’engagements et de dispositifs mis en œuvre de façon très contrastée d’un territoire à l’autre, avec un succès relatif. Les témoignages recueillis dans le cadre du Tour de France “Nos quartiers ont de la gueule” confirment combien les discriminations raciales et territoriales restent une réalité quotidienne, impactant l’accès aux droits fondamentaux.
Les associations ont été particulièrement fragilisées sous les gouvernements d’Emmanuel Macron avec la baisse des subventions publiques, la suppression progressive des contrats aidés dès 2018, notamment les contrats adultes‑relais, créés en 2000, la mise en place en 2021 du Contrat d’engagement républicain, et absence de reconnaissance des violences policières ou de l’islamophobie comme problématiques structurelles.
Des discriminations et des inégalités qui persistent et qui affectent profondément la vie quotidienne des habitants des quartiers populaires. Qu’il s’agisse d’inégalités d’accès au logement, à l’emploi, aux services publics ou à la justice, les réalités dénoncées par les citoyens montrent un racisme systémique et des inégalités structurelles.
Des politiques publiques à réinterroger
Sur le plan institutionnel, il est urgent d’interroger les plans métropolitains de lutte contre les discriminations, peu évalués depuis leur intégration aux contrats de ville et aux politiques territoriales de cohésion sociale instaurées par la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine de 2014.
Engagée pour les quartiers populaires, la Coordination nationale Pas sans Nous s’est constituée autour d’habitants, de militants, de collectifs et d’associations engagés dans les quartiers populaires.
Au cœur de la politique de la ville et de la participation des habitants, l’injonction semble prédominée par la volonté d’une neutralisation des initiatives des habitants et des associations de proximité.
Pourtant la trentaine de préconisations depuis 2013 proposait d’associer les habitants en prévoyant des moyens financiers conséquents sous la forme d’un fonds d’interpellation et dans une forme d’autonomie et d’auto-organisation au service des habitants. Renforcer les services publics en QPV, renforcer la démocratie participative, légaliser le droit de vote aux étrangers aux élections locales…
Inspiré du communalisme, forme d’organisation politique reposant sur des communes administrées dans le cadre de la démocratie directe, les axes initiaux du rapport ont rencontré beaucoup de difficultés dans leur mise en œuvre, avec une tutelle continue des agents de développement de la politique de la ville, compétence métropolitaine (cohésion sociale et lutte contre les discriminations) et de l’État, au service de politiques gouvernementales, inscrites dans une suspicion croissante à l’égard du milieu associatif.
Démocratie participative et pouvoir d’agir
Le sentiment d’abandon est renforcé par des politiques publiques qui ne prennent pas en compte les besoins des quartiers. Les discours médiatiques et politiques alimentent la stigmatisation des habitants et fragilisent le vivre-ensemble.
Face à ces constats, Pas Sans Nous milite pour une véritable politique locale et nationale de lutte contre les discriminations, fondée sur la parole des citoyens et des collectifs engagés. Depuis 2014, les plans métropolitains de lutte contre les discriminations sont rattachés au contrat de ville. Les tables de quartiers et les budgets participatifs ont permis quelques avancées notables et fait progresser l’engagement des habitants, empowerment, empouvoirement nécessaire pour sortir de l’inertie et d’inégalités croissantes en termes de mobilité, de développement économique et plus largement du droit à la ville.
Notre tradition républicaine a du mal à s’adapter aux démarches bottom up qui place les citoyens au cœur de la démarche participative et du pouvoir d’agir. Ils sont nombreux à témoigner du manque de concertation à l’occasion de la rénovation d’une cité d’habitat social (Castellane), la création d’un équipement ou plus largement de l’urgence à intensifier des politiques publiques co-élaborées et qui s’appuient sur les initiatives citoyennes. En parallèle de cette démocratisation la politique de la ville, les questions portent également sur la nécessité de changer l’image des quartiers.
Sécurité, médias et représentations
Le droit à la sécurité comme la lutte contre le narco trafic relève des fonctions régaliennes et les habitants refusent d’être pris en otage de milieux face auxquels ils ne peuvent lutter. En revanche, ils restent préoccupés par les violences policières, les contrôle au facies et l’absence d’une police de proximité permettant de rétablir la confiance entre citoyens et force de l‘ordre.
L’image des quartiers relèvent également d’une responsabilité sociétale dans laquelle les médias jouent un rôle essentiel. Le traitement médiatique des quartiers et de leurs habitants ne peut se réduire au traitement par fais divers et les habitants appellent les organes de presse locaux à y consacrer une attention régulière pour ne pas réduire l’approche aux écueils classiques des chaines Bolloré, tournés vers l’instrumentalisation de l’information et l’absence de contradictoire.
La rencontre a permis de constater combien les habitants sont résolus à faire entendre la voix des quartiers populaires, en s’appuyant sur la coordination PSN qui n’a rien perdu de sa combativité.
Ainsi, l’enjeu pour PSN est à la fois de venir en appui aux délégations départementales existantes, mais aussi de rencontrer de nouveaux acteurs, de fédérer de nouveaux membres, de faire co-exister le local et le national, de rendre concrètes et visibles les réalités locales par la consolidation d’un discours national.






