Avec 12 millions de Français concernés par un handicap, et 80% par un handicap invisible, nous sommes tous concernés. 

Nés valides, nous sommes tous susceptibles de perdre un sens ou une fonction : un rappel que le handicap nous concerne largement, même sans diagnostic posé.  
La loi de 2005 sur l’accessibilité et les normes PMR demeure imparfaite et partiellement appliquée. Les réalités de terrain illustrent encore un manque d’accessibilité.  Comment accompagner l’application effective de ces normes sur les plans économique, culturel et organisationnel et penser l’accueil comme une démarche transversale et sectorielle à part entière ?

Le Festival Avec le temps, initiative de Grand Bonheur développe une programmation riche qui intègre deux spectacles en chansigne, Juliette Magnivasova et MPL. Pendant trois jours, il propose également des rencontres professionnelles pour croiser les regards autour des grandes questions qui traversent les métiers, les filières et les pratiques culturelles du spectacle vivant: inclusion et accessibilité, transmission, ancrage territorial au programme.


Mieux prendre en compte le handicap

Animée par Coline Le Page, Directrice développement pour Héphaïstos et responsable RSO pour la Friche Belle de Mai, la table ronde sur l’inclusion réunit un panel de directeurs artistiques et de référents inclusion ou handicap issus de divers acteurs culturels, avec Lise Couzinier, Chargé de communication et des affaires culturel au centre hospitalier Valvert, Santiago Aldunate : Artiste du projet de médiation « Ce soir on joue à Metz », Salomé Trifard-Jamet : Administratrice de la Cie Nine Spirit, Amandine Habib, Directrice artistique de la Cie Nine Spirit et pianiste et Nathalie Solia, Directrice de la Fiesta des Suds. 

Le partage d’expériences concrètes menées en interne vise à interroger l’accueil des publics et artistes, sans discrimination. La Compagnie Nine partage autour du dispositif Atypik Lab, temps d’échange initié, au sein du festival Piano en fleurs, intégrant des professionnels de différents champs, soignants, culturels et autres dans le but de publier un guide de bonnes pratiques diffusable. Au-delà de la question du fauteuil, la réflexion sur les outils permettant une meilleure prise en compte de l’ensemble des handicaps.

Optimiser l’accueil

Un temps de travail collectif invite à interroger concrètement nos manières d’accueillir et de produire : accessibilité des lieux, formats adaptés, représentations diversifiées, formation des équipes, modèles économiques compatibles avec ces engagements. L’ambition : faire progresser durablement les pratiques pour tendre vers une scène réellement partagée.

Le maître mot : l’anticipation

Pour les chargé·es de production, garantir l’accessibilité demeure complexe, même si les grands festivals ont déjà intégré des commissions d’accessibilité (rampes, sanitaires PMR…).
Nathalie, directrice de la Fiesta et codirectrice du Babel XP, souligne que l’accueil de publics variés suppose des aménagements concrets : places de stationnement proches, accompagnement vers les espaces de repos ou “vers les plateformes ”.
La création d’une boîte mail dédiée à permis d’anticiper les besoins spécifiques et d’optimiser l’accueil sur les plateformes pour les personnes en situation de handicap et leurs accompagnants. La responsabilité est collective. De nombreux leviers relèvent autant de l’économie que de l’accompagnement en compétences. Le recours à des architectes ou des ergothérapeutes contribue à anticiper les contraintes sur site et à concevoir des solutions adaptées.

Inverser la charge de l’accueil

Les usagers sont encore souvent contraints de s’adapter, au prix d’efforts personnels, parfois accompagnés d’un sentiment d’illégitimité à demander des aménagements.
Comme pour d’autres critères discriminatoires, inclure les premiers concernés, souvent regroupés en associations et adapter la communication à leurs besoins facilite considérablement l’accueil.
Cela suppose de généraliser le recours à des professionnels qualifiés en accessibilité et inclusion, afin d’inscrire ces démarches dans la durée. À Valvert, la commission des usagers participe aux échanges avec les professionnels et s’intègre pleinement à la gouvernance du lieu. Avec une salle de 300 places, acteurs et patients partagent la scène. L’inclusion a un coût, mais elle constitue une valeur ajoutée globale et sociétale pour nos événements. C’est plus aisé pour un festival en plein air que pour une salle construite dans les années 1980, qui exige souvent d’importants travaux.

En conclusion, le coût de l’inclusion ne doit pas être perçu comme un obstacle, mais comme un choix collectif de société.  L’accessibilité n’est pas une simple ligne budgétaire supplémentaire,  c’est une véritable éthique de la relation.