Du 5 juin au 23 août 2026, le Palais de la Porte Dorée accueille Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations, une exposition ambitieuse qui articule art contemporain, sciences sociales et récits d’expérience. Portée par le commissariat de Farah Clémentine Dramani-Issifou, chercheuse et commissaire d’exposition. Doctorante à Aix-Marseille Université (LESA), elle achève une thèse sur la décolonisation des régimes de visibilité dans l’exposition des présences africaines dans l’art et le cinéma (1984-2026). Son travail porte sur les politiques contemporaines du visible, les circulations patrimoniales et les épistémologies situées. Elle développe une approche transdisciplinaire articulant archives, mémoires et création contemporaine.

Dès l’entrée, le propos est posé avec clarté : le racisme ne se réduit ni à des attitudes individuelles ni à des dérapages ponctuels. Il s’inscrit dans des systèmes de représentations, des héritages historiques et des structures sociales durables. L’exposition met en dialogue œuvres artistiques, archives, données scientifiques et témoignages pour rendre visibles les logiques à l’œuvre dans des sphères aussi concrètes que l’école, l’emploi, le logement ou les interactions quotidiennes dans l’espace public. Ce croisement entre sensibilité esthétique et rigueur documentaire confère au parcours une véritable portée pédagogique.

Le choix du Palais de la Porte Dorée, ancien Musée des colonies, donne une profondeur particulière à la démarche. L’exposition ne contourne pas la mémoire coloniale du lieu : elle s’y inscrit et la questionne frontalement. En interrogeant la notion d’« origines », qu’elles soient assignées, revendiquées ou fantasmées, le parcours invite à relire l’histoire française à partir de ses continuités coloniales et de leurs effets contemporains. Le bâtiment devient ainsi un espace critique, où le patrimoine est activé comme ressource pour penser le présent.

Les œuvres réunies explorent les expériences de la race, de l’exil, de la mémoire et des identités construites. Elles montrent comment les corps et les récits sont interprétés à travers des grilles de lecture héritées, produisant des formes de catégorisation, de suspicion ou d’invisibilisation. L’exposition ne se limite pas à une dénonciation : elle propose des outils de compréhension, en rendant perceptibles les mécanismes souvent invisibles qui structurent les inégalités.

Cette approche trouve un écho direct dans les travaux de sciences sociales, notamment l’enquête Trajectoires et Origines (TeO), conduite par l’INED et l’INSEE sous la direction de Patrick Simon, également directeur scientifique de l’exposition. En documentant de manière fine les parcours des populations en France, cette étude met en évidence la persistance des discriminations liées à l’origine, réelle ou perçue, et leur inscription dans des trajectoires de vie. Aux origines prolonge ce travail en lui donnant une traduction sensible et visuelle : là où TeO produit des données, l’exposition donne à voir et à ressentir les expériences qu’elles décrivent, créant un dialogue fécond entre savoirs quantitatifs et récits incarnés.

Autour du parcours, une programmation dense prolonge la réflexion. Tables rondes, rencontres avec les artistes et les commissaires, visites commentées, ateliers pédagogiques et cycles de discussions permettent d’ouvrir un espace de débat accessible à différents publics. Ces temps d’échange abordent notamment les enjeux de transmission, les politiques publiques de lutte contre les discriminations, ainsi que le rôle des institutions culturelles dans la fabrique d’un récit commun plus inclusif. Cette dimension participative transforme l’exposition en véritable outil d’éducation populaire et de discussion civique.

Dans un contexte où les discours racialisants connaissent de nouvelles formes de banalisation, Aux origines rappelle que la lutte contre le racisme ne peut se limiter à l’indignation morale. Elle suppose un travail de connaissance, de mise en mémoire et de mise en relation des expériences. En cela, l’exposition du Palais de la Porte Dorée s’impose comme une proposition à la fois artistique, scientifique et politique, qui contribue à réaffirmer le rôle des institutions culturelles comme espaces critiques au cœur de la cité.

Du 5 juin au 23 août 2026 – Palais de la Porte Dorée (Paris).