VOUS AVEZ OUBLIÉ VOS IDENTIFIANTS ?

Projet dans ma ville [MÉDIA PARTICIPATIF]

LE PROJET & LE CONTEXTE PAR RAPPORT A IPM, appel à projet DRJSCS PACA, itinéraires parcours mémoires

La proposition

DANS MA VILLE est une application de réalité augmentée sonore qui propose des récits géo localisées dans la ville. La capsule sonore produite par Ancrages revient sur l'histoire de Bassens et s'intitule La terre rouge en héritage. Elle s'appuie sur les récits de deux auteurs Pierre CIOT, photographe et militant et Yamina BENCHENNI, habitante et travailleur social. Disponibles à partir d’une application pour mobile, tablette dans les lieux où ils ont été enregistrés. Réalisées et diffusées par un dispositif immersif 3D sonore (binaural). Il s'agit de combiner le monde réel et des données numériques en temps réel au service d’une transmission sensible, et d'utiliser un environnement en 3D pour accroître l’expérience immersive des visiteurs/spectateurs,

 

L'Etat via la DRJSCS PACA  http://www.heritages-culturels.org/ soutient les productions artistiques et numériques réalisées autour de la valorisation de la mémoire et de l'histoire des quartiers populaires.

http://www.heritages-culturels.org/projets/tid-68-projets-2016/pid-146-dans-ma-ville

Les objectifs

contribuer principalement à :

  • La valorisation des mémoires et de l'histoire des quartiers populaires,
  • La participation des habitants dans la narration du quartier et en lien avec celle des auteurs « habités » par ces quartiers,
  • La production d’un contre-discours sur les quartiers populaires, « vu par les habitants ».
  • Ancrer territorialement l’expérience par un système de géo-localisation.

 

 

LES AUTEURS

ANCRAGES

Ancrages anime le centre de ressources dédié à l’Histoire et aux mémoires des migrations en PACA.

Pour Ancrages, le travail d’accueil et de receuil des demandes sociales de mémoire au sein des quartiers populaires et avec les groupes sociaux qui les habitent s’inscrit dans le processus de réhabilitation des mémoires invisibilisées. Les territoires concernés comme les populations des quartiers populaires souffrent d’un déficit de visibilité et sont « captifs » des discours produits sur eux. Ce projet porte l’intention d’une réhabilitation des récits des habitants et des auteurs qui ont puisés leur énergie au sein de quartiers réputés « sans patrimoine ».

L’intervention de Samia CHABANI pour le projet Dans ma ville s’appuie sur une documentation du territoire et des auteurs permettant l’émergence d’un récit artistique « habité » et d’un projet d’écriture avec les auteurs, constitutif des futures capsules sonores.

LES ARTISTES ASSOCIES

Les auteurs sont invités à évoquer le lien symbolique avec le quartier, à associer des figures emblématiques de leurs productions, … Ils peuvent être à la fois « témoin » ou « narrateur », le récit peut être fictionnel ou non …
Ces récits participent de la collecte du contemporain et propose d’enrichir la narration de la ville.

Les artistes du projet Dans ma ville conçoivent l’intervention artistique en lien avec le territoire, où l’intervention de l’artiste ne vise plus ou pas uniquement à faire œuvre mais à contribuer aux réflexions sur les mutations sociales en cours ou à venir. Ici, les artistes perçoivent les écueils d’une démarche artistique qui dépolitise la question sociale et urbaine et conçoivent leur rôle comme des contributeurs, aux côtés des habitants du territoire et des acteurs, à la production de connaissances sur le territoire, à l’identification et à la représentation de problèmes et d’enjeux locaux, au dialogue et à la concertation avec la population locale, à l’élaboration des choix de transformation des espaces.

Pierre CIOT

Bassens

Auteur photographe / Journaliste indépendant, Pierre CIOT collabore régulièrement avec la presse magazine et spécialisée dans le social et l'économie. Depuis 1978, il réalise des photographies dans notre région en tentant d'explorer toute la diversité des bassins de vie et les mobilisations des habitants. A travers l’évocation de son parcours d’étudiant en photographie il découvre Bassens, en 1977, après un événement tragique de violence policière. En 1983, il prend en photo les lieux de vie, avant la démolition à la demande des habitants afin de préserver la mémoire du quartier. Au-delà de son engagement pour la cité Bassens, Pierre Ciot mentionne également son engagement en tant que militant antiraciste et sa volonté de donner l’occasion à tous de connaître la vie quotidienne au sein des quartiers populaires.

Portrait militant : Condition de vie et d'habitat à Bassens

 

Yamina BENCHENNI

 

Bassens

Yamina Benchenni est habitante de Bassens et éducatrice spécialisée de formation. Son parcours professionnel et militant s’égrène au fil de ses nombreuses expériences des cités de Marseille et notamment dans la lutte contre la toxicomanie, les crimes racistes et plus largement la situation d’exclusion au sein des quartiers populaires. Son parcours personnel est emblématique des luttes sociales de l’immigration algérienne en France.

Son récit à lire ici !

Dans la cadre du projet de capsule sonore Dans ma ville, c’est l’occasion pour moi de repartir de mes souvenirs d’enfance et notamment des sons dont la réminiscence réactive les mémoires des habitants. Ce projet concrétise l’intention qui est la mienne d’écrire le récit de ma famille, son parcours migratoire et le lien avec ce quartier emblématique de l’histoire de l’immigration, des cités de transit à Marseille, Bassens.

Originaire de Mostaganem, mon père immigre en France en 1945. En réalité, il connait déjà la métropole. Il est engagé sous les drapeaux français de mars 1943 à novembre 1945. Il fait partie du 2ème Régiment de Tirailleurs Algériens. Il est l’ainé d’une fratrie d’orphelins et son engagement dans l’armée est une question de survie. Il a été « mandaté » par sa famille pour subvenir à leurs besoins. Il a pu partir, grâce à la solidarité d’un frère d’arme, camarade communiste qui lui prend en charge son billet de bateau. Suite à son licenciement des services municipaux de Cannes, il perd également son logement. De Cannes à Bassens, le changement est brutal. On débarque dans une des trois cités de transit de la cité phocéenne. A Bassens, il y avait deux pièces, une petite cour intérieure, un WC, pas de salle de bain, un lavabo mais pas de cuisine. Nous étions neuf enfants. A cette époque, nous nous sentions en « état de guerre ». Les arrestations arbitraires, les contrôles au faciès et les descentes de CRS avec leurs chiens semblent faire partie du quotidien. L’émergence dans l’espace public des jeunes issus de l’immigration, grâce à la réforme de la loi sur les associations ainsi qu’aux Marches “ contre le racisme et pour l’égalité des droits ” de 1983 a donné une visibilité aux rapports conflictuels entre jeunes et institutions.

La persistance de la tension qui suit la fin de la guerre d’Algérie, s’illustre par la répétition des crimes racistes en 1973. Cette situation conduit mon père à opter pour le retour définitif au pays, en 1974. Cette décision j’en prends connaissance une fois sur place, à l’occasion de nos vacances d’été. Elles vont durer deux ans…. J’ai 14 ans et l’école me manque. Je me sens étrangère et je ne souhaite qu’une chose, vite rentrer en France afin de retrouver mes repères. Durant cette période, je trouve refuge dans la lecture. La langue française devient mon espace de liberté et d’intimité. On utilise les pages de mes livres pour faire du feu. Je suis triste et révoltée de subir cette situation. Mais dans ce « merveilleux malheur », je développe une forme de résilience. Ce ne sera pas le cas de tous ! Nous revenons en France, en 1977, dans la même cité de transit, à Bassens. A cette période, les populations immigrées sont soumises aux politiques d’expulsion relative à l’application de la “ double peine ”. Les expulsions de jeunes “ délinquants ” étrangers sont massives jusqu’en 1981. Cette politique est vécue comme une épée de Damoclès permanente. Nos mobilisations s’unissent à celles des militants des droits de l’homme qui décident de constituer des réseaux de résistance pour soustraire quelques uns de ces jeunes à l’expulsion. Ce “ bannissement ” des enfants d’immigrés concernent majoritairement les maghrébins et en particulier les algériens. Aujourd’hui, l’exclusion sociale déclenche nombre de séparations et de décohabitations qui continuent de faire peser sur les parents, une charge écrasante. Notre société s’avère impuissante à changer le cours des choses et retourne contre eux en opprobre la violence sociale dont ils sont victimes. Un certain discours politique leur reproche “ laxisme ”, “ indifférence ” ou “ négligence ”. Rendus “ responsables ” de la perte des repères de leurs enfants, les parents de jeunes en difficulté sont aussi déclarés “ coupables ”. Le « tout sécuritaire » ambiant pousse certains élus à instrumentaliser ces questions et à brandir la menace de la privation d’aides sociales contre des familles pauvres. C’est à l’opposé de mes principes et de mes méthodes de travailleur social. Sur la Savine, quartier en cours de réhabilitation, nous bénéficions du soutien des institutions et restons attachés à la mise en œuvre de la concertation entre gestionnaire, bailleur et habitants. Notre histoire familiale est marquée par un drame. Le 03 février 1990 Philippe Vancheri assassine mon frère Hamida Benchenni, alors père de quatre enfants. Sans motif apparent, il lui tire une balle dans la tête. Plus tard, il évoque sa haine des maghrébins, des prostitués et des homosexuels. Animé par sa haine, il a fait trois victimes en une seule nuit mais l’expertise psychiatrique le déclare sain d’esprit. Le traitement de l’affaire par la presse n’a pas été objectif. J’ai vécu cela comme un double meurtre. On a sali la mémoire de mon frère. Son meurtre s’ajoute à une longue liste de crimes racistes, Lahouari Ben Mohamed en 1980, Sélim Grine en 1983 et bien d’autres…. Nous constituons les Assises des familles victimes de crimes racistes. Nous avons organisé des rencontres avec des spécialistes sur le dysfonctionnement de la justice française. Comment les meurtriers pouvaient être jugés en correctionnelle et non aux assises ? Sur cette question, nous avons bénéficié du soutien du syndicat de la magistrature. Je suis restée très sensible aux crimes racistes et je m’engage contre la clémence dont peuvent « bénéficier » les auteurs de crimes racistes et sécuritaires. La presse, de façon croissante depuis une trentaine d’années, s’est régulièrement fait l’écho de ce que la justice répugne à reconnaître la culpabilité de policiers, bénéficiant systématiquement de la présomption de “ légitime défense ”, parfois “ couverts ” par leur hiérarchie. La justice répugne plus encore à les condamner, quand bien même s’agirait-il de tabassages, ratonnades, courses poursuites, tirs mortels ou non, meurtres de caractère raciste ou sécuritaire, par des policiers en service ou hors service. Ressenties comme autant de “ permis de tuer ”, ces décisions de justice se sont enkystées dans la mémoire collective des familles de victimes, dont de nombreuses familles immigrées.

Ces évènements contribuent à me forger une personnalité en quête permanente de réponses. Réponses sociologiques, psychologiques et politiques sur les différentes formes de violence générées par notre société. Abdelmalek Sayad qualifiait les immigrés de « peuple muet ». Prendre la parole pour exprimer ma pensée devenait mon arme de combat pour moi et les miens. Mon père m’a encouragé dans cette voie, à défaut de prise de parole, c’est la violence qui s’exprime… Il avait raison.

PRODUCTION

L'AGENDA

  • Date de démarrage : Janvier 2017
  • Fin de réalisation : Décembre 2017

  1. Janvier - Avril 2017 - Une phase d’écriture collaborative avec les auteurs.
  2. Mai- septembre 2017 - La création des capsules sonores : tournage, production, post-production.
  3. Novembre 2017 - La diffusion via l’application dédiée.

 

Les objectifs :

  • Promouvoir de nouveaux modes de transmission et de découverte du patrimoine matériel et immatériel, participant à la désignation et à la valorisation du bien commun, notamment dans sa dimension démocratique..
  • Rapprocher dans des usages partagés les habitants, les chercheurs, les visiteurs,
  • Promouvoir la participation des habitants dans la narration du quartier
  • Produire les récits dans leur formes plurielles, écrite, narrative, artistique et numérique,
  • Permettre l’appropriation durable par les habitants.

LA FICHE TECHNIQUE

Ecriture : Responsable : Samia CHABANI, dir. Ancrages

Tournage Production et post production :
Zinc, 
Antoine Gonot, SATIS (AMU) et Marylou BONNAIRE

Diffusion : Gedeon - ZINC - Ancrages

LES CONTACTS

ANCRAGES

SAMIA CHABANI
42, BD D’ANNAM BAT.3
13016 Marseille
06 61 85 80 34
direction@ancrages.org
www.ancrages.org

partenaires

ZINC est producteur de projets artistiques et culturels relevant du champ des nouvelles écritures liées aux technologies. L’équipe apporte son expérience technique au projet en matière d’ingénierie, mais aussi de réalisation : tournage, enregistrement des capsules sonores en binaural et post production. ZINC fait appel à plusieurs partenaires spécialistes dans ce champ de création. Les captations sonores prévues à partir des récits d’auteurs participent à défendre les formes et écritures liées à l’utilisation, l’émergence ou la recherche sur les nouvelles technologies et nouveaux médias. C’est permettre à travers les œuvres et la parole des artistes d’offrir une représentation sensible et poétique du monde d’aujourd’hui.

Après avoir produit « Sur les bancs »,http://www.surlesbancs.com/ une première application de réalité augmentée sonore qui propose des bulles de fictions géo localisées en son 3D dans les parcs et jardins de la ville de Paris, Gédéon s’engage aux côté de ZINC et Ancrages pour le projet, en adaptant son application à Marseille.

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